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Interview de Woody Allen pour sa réalisation : ''

 
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Interview : Woody Allen le 12 mai 2005 à Cannes

Woody Allen
Le principal personnage masculin de MATCH POINT, Chris Wilton, lit " Crimes et châtiments " de Dostoïevski. Ce classique de la littérature a-t-il été votre principale source d'inspiration ?

L'idée de départ était de réaliser un film sur cette tragédie, selon laquelle il y a aujourd'hui, partout dans le monde, trop de victimes innocentes qui perdent la vie au nom d'un quelconque intérêt supérieur. Et les coupables restent impunis. Avant même de travailler l'histoire en profondeur, j'ai noté un point commun avec la littérature du XIXe siècle, notamment russe, la plus fascinante de cette époque. J'ai trouvé naturel de s'en inspirer. C'est le seul lien entre ce petit film et ce grand roman de Dostoïevski. On ne peut jamais approfondir au cinéma autant que dans un livre.


MATCH POINT a été tourné à Londres. Votre histoire d'amour avec Manhattan et New York est-elle terminée ?

L'histoire aurait très bien pu se dérouler à Paris ou à San Francisco et je retravaillerai à New York. Néanmoins, depuis des décennies, je fais des films aux Etats-Unis, mais il est de plus en plus difficile de les financer. Même si j'aurais forcément trouvé de l'argent, les studios n'entendent pas se cantonner dans un rôle de banquier. Ils veulent participer au projet, avoir leur mot à dire, sur le script, le choix des acteurs, le tournage. Je voulais faire un film à ma façon et c'est pour cela que je l'ai réalisé à Londres, où j'ai pu bénéficier de sponsors qui m'ont laissé une entière liberté.


Le casting est essentiellement britannique, sauf pour le rôle interprété par Scarlett Johansson...

La législation, la fiscalité britannique, imposent de travailler avec des comédiens et des techniciens locaux. Je pensais même que j'étais obligé de prendre une actrice anglaise pour jouer le personnage de Nola, une américaine. En fait, c'est une question de proportions... A partir du moment où la production est majoritairement britannique, vous pouvez engager des comédiens d'autres nationalités. Ainsi, j'ai pu faire travailler Scarlett Johansson. Je l'avais déjà vue dans deux films et je souhaitais tourner avec elle. Comme elle était disponible, malgré la faible rémunération proposée, elle a accepté. Elle était plus intéressée par l'aspect créatif que par la superficialité actuelle du business cinématographique.


Vous avez réalisé vos premiers films dans les années 60. Depuis, vous n'avez pratiquement pas cessé de tourner. Qu'est-ce qui vous motive encore ?

Je réalise des films car ça me distrait. Je ne le fais pas par habitude ou pour de l'argent, et si j'arrêtais, je m'ennuierais. C'est pour moi comme une thérapie. Pendant un an, j'évite de vivre dans la réalité et je me plonge dans un monde irréel. Quand le film est terminé, je retrouve la vie telle qu'elle est... et j'ai tout de suite l'envie de repartir sur un nouveau projet.


Justement, quel sera le prochain ?

Il sera très bientôt tourné à Londres, une nouvelle fois. Habituellement, l'été, je travaille à Manhattan, où il fait très chaud. A Londres, il fait frais et le ciel est gris pratiquement tous les jours. Alors, je vais recommencer. Ce sera une comédie dans laquelle je pense aussi jouer.


Par Corinne Venet.

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